Merci à Pascale Palain, correspondante de La Montagne à Chantelle, pour son article consacré à mon livre :
L'article sur le site de La Montagne
jeudi 16 juillet 2015
lundi 13 juillet 2015
Un extrait de la toute première du spectacle "Les chantelloises"
Merci aux deux artistes, Philippe Jeancoux et Thierry Frobert, merci à Benoît Choquet qui nous a ouvert sa maison, merci au public chaleureux, et merci à Patrick Richard qui a filmé et fait le découpage.
Avant-première mondiale de Sans rendez-vous, mise en scène et interprétée par Philippe Jeancoux, accompagné à la guitare par Thierry Frobert.
Avant-première mondiale de Sans rendez-vous, mise en scène et interprétée par Philippe Jeancoux, accompagné à la guitare par Thierry Frobert.
mardi 7 juillet 2015
Premières du spectacle + dédicace
Samedi 4 juillet 2015 et dimanche 5 ont eu lieu les premières représentations du spectacle tiré de mon livre, suivies d'une séance de dédicaces où j'ai eu le plaisir de rencontrer de futures lectrices et de futurs lecteurs.
Philippe Jeancoux, comédien, met en scène et interprète une sélection d'histoires du recueil. Il est accompagné à la guitare par Thierry Frobert qui chante également quelques chansons de mon cru !
Samedi, Benoît Choquet nous avait ouvert sa magnifique maison d'Ussel d'Allier, dans laquelle il offre régulièrement des concerts classiques de grande qualité. Dimanche, les artistes ont pu - grâce à la gentillesse d'Elizabeth Dambeza qui a mis sa demeure de Deneuille à disposition (et qui a superbement lu le texte "au bon tabac") - régaler le public en plein air, avec comme décor les gorges de la Bouble et le couvent. Deux soirées mémorables ponctuées par un buffet sympathique et convivial.
Voici un aperçu de ces moments de plaisir partagé :
Chez Benoît Choquet
Philippe Jeancoux en action
Philippe Jeancoux et Thierry Frobert à la guitare
Artistes et spectatrices enthousiastes
Le public attentif
Un moment d'émotion
L'artiste dans son récit
Chez Elizabeth Dambeza
En plein air, dans le jardin d'Elizabeth
Elizabeth Dambeza lisant "Au bon tabac"
Quel décor de rêve
Guitariste inspiré
L'auteur salue le public pour conclure la représentation
Beau ciel bourbonnais
samedi 27 juin 2015
Un bref à propos
« Les chantelloises » est un livre
composé de 42 textes courts illustrés, situés à Chantelle, petite ville du
département de l'Allier, et dans sa région, le Bourbonnais. Ils se déroulent à
la fin du vingtième siècle et décrivent de façon humoristique et tendre des
situations et des personnages.
Mon objectif d’écrivain était double :
d'une part garder trace d'un univers en voie de disparition rapide, empreint
d'une poésie spontanée, loufoque et décalée, d'autre part explorer diverses
nuances d'un genre délicat : l'humour gentil.
Je ne voulais ni satire ni moquerie et
j'ai fui cruauté et dérision. J’ai tenté de tracer ma voie sur les pas des
rares écrivains ayant pratiqué cette forme difficile et peut-être désuète : Mark
Twain, Guareschi de "Don Camillo", Jorn Riele et ses racontars du
Groenland, sans oublier le grand Dickens.
Ces histoires sont toutes délibérément
imaginaires. Il ne s'agit pas de chercher des ressemblances, encore moins des
clefs. J'ai voulu recréer un monde en développant de petites légendes à partir du
quotidien.
Toute légende a sa part de vérité,
certes, mais la vérité factuelle n'a aucune importance, seule compte la vérité
de l'esprit qu'elle transmet. Donc, si certains détails peuvent évoquer des
personnes ou des situations existant ou ayant existé, ils ne sont pas à prendre
à la lettre, de même qu’il serait vain de chercher de quelle marque était la
tente d'Achille ou si Ulysse était vraiment
roi d’Ithaque.
Ce livre n'est pas non plus régionaliste.
J'ai cherché, à partir d'une époque et d'un lieu, à donner du plaisir et du
rêve à chacun, sans volonté ni d'idéaliser ni de noircir, et en évitant le
"c'était mieux avant" et le "tout est tellement beau, ici".
Mes personnages nourrissent leurs racines dans un petit coin de terre
bien identifié, mais on peut rencontrer leurs semblables partout, avec d'autres
racines plongées dans une autre terre.samedi 20 juin 2015
Une histoire des "Chantelloises"
La ballade de l’Indien
Seize ans, les cheveux d’un noir intense, comme ses yeux, la peau mate, toujours vêtu
d’un tee-shirt sombre et d’un jean, c’était l’Apache. Je n’ai jamais su son
prénom. Son surnom suffisait à tous et à lui-même. Cet été-là, il avait pris
domicile chez l’un des jeunes de Chantelle. Il dormait dans la grange de son
ami, sur un vieux matelas. Il venait des
environs, Varennes peut-être, Creuzier ou Monétay, on ne savait pas trop, de toutes façons il n’était de nulle part,
étranger total et définitif.
Il traînait ses journées avec une demi-douzaine
d’adolescents, calmes, amateurs de balades sans but, de djembé et de cannabis.
Je les côtoyais dans les gorges, au bord de la rivière, ces gentils rêveurs
pour qui j’étais un élément du décor. Si je les croisais en passant sur le
chemin, nous échangions un salut, parfois quelques mots. Quand je pêchais non
loin d’eux, je pouvais les observer, assis autour d’un feu minuscule, faisant
circuler ce que je considérais officiellement comme une grosse cigarette. Il
leur arrivait de venir assister de plus près à ma « non-pêche », je
ne prenais jamais rien ; ils se posaient sur l’herbe ou sur un
rocher ; l’absence quasi-totale d’événements dans mon immobilité de
pêcheur leur convenait tout à fait.
L’Apache était différent.
L’indolence qu’il partageait avec les autres était chez lui passagère.
Dans la journée, il se chauffait lentement, comme un chat, s’imprégnant d’une
énergie subtile, douce, presque soyeuse. Puis, le soir venu, il commençait à la
brûler, il rayonnait d’un éclat diffus, léger, mais de plus en plus manifeste
comme la nuit s’avançait.
Il fréquentait le bar des jeunes, mais il parlait peu, de
choses anodines et il buvait très modérément. Une bière lui durait des heures,
il ne semblait jamais la toucher, même si le niveau du liquide dans son verre
baissait peu à peu. Il restait immobile, assis ou debout au comptoir,
parfaitement égal à lui-même. Le ballet des adolescents autour de lui
contrastait avec son impassibilité, qui n’était pas cependant de
l’indifférence. Il avait un sourire presque imperceptible mais d’une étrange
douceur, comme s’il acceptait le monde dans son intégralité.
Les garçons l’aimaient bien, il fascinait les filles.
Vraiment. Cette particularité fondamentale lui valait des jalousies secrètes.
Il ne cherchait rien pourtant, ni à gagner la sympathie des uns, ni à séduire
les autres. Mais elles ne pouvaient s’empêcher de se confronter à lui, de
s’approcher pour lisser leur beauté contre la sienne, comme deux pierres, la
première petite et vive provoquant l’étincelle sur la masse dure et intègre de
la seconde. Son regard surtout les captivait, les capturait. Elles venaient
s’attacher à lui, de leur plein gré. Au petit matin, il regagnait sa tanière
avec l’une d’entre elles, celle qui avait su patienter, s’extraire des
contraintes extérieures, résister aux rappels de la raison.
C’est ainsi que la fille du menuisier rentra chez elle par
une fin de matinée, ébouriffée, les yeux encore plus bleus que d’ordinaire.
Elle traversa lentement le bourg, transfigurée. Je l’ai croisée ce jour-là. Sa
beauté adolescente irradiait ; elle me salua sans me voir, son sourire
dansant dans l’air derrière elle. Je compris aussitôt que je venais de croiser
l’amour, cet amour irréel mais parfaitement véritable qui peut illuminer une
jeune vie de seize ans. Je compris tout aussi instantanément que de gros ennuis
se préparaient. Ce n’était certes pas son fiancé officiel, le fils du
charpentier, qui avait pu provoquer cet état. Jérémie était un très gentil
garçon, calme, sérieux, avec un peu de prétention justifiée à ses yeux par sa corpulence et son
statut social. Ils se fréquentaient depuis toujours et il était convenu de tout
temps qu’ils se marieraient, dès l’âge légal atteint. Cette planification
tranquille ne pouvait déclencher aucune transe. Non, la belle Mathilde avait
déraillé et, quand je vis l’Apache, quelques minutes plus tard, entrer chez la
Mimi pour y prendre son café du matin, je tins de quoi boucler l’affaire. Ou du
moins son acte un.
* * *
Le soir tomba pour lever le rideau du drame. Cette année-là,
le bar qui avait la faveur des jeunes était celui du haut, chez les Loiseau. Ce
couple sympathique de quadragénaires gérait au mieux l’établissement, café à
toute heure, restaurant le midi. Ils maintenaient avec gentillesse et habileté
une ambiance chaleureuse, festive sans excès. Il leur fallait de l’expérience
et du doigté, car il s’agissait de protéger les plus jeunes sans rebuter les
plus âgés ; la gestion des boissons, alcoolisées ou non selon les clients,
était primordiale. Heureusement les structures des groupes de jeunes
protégeaient des abus. Organisé implicitement par catégorie d’âge, chaque
ensemble interagissait avec les autres, soumis à des règles non écrites mais
strictes, à base de respect et d’initiation progressive. Un adolescent surpris
à brûler une étape était très vite remis dans le rang ou carrément exclu de la communauté.
L’Apache n’était pas venu. Il avait commis un crime de
lèse-majesté en détournant la plus jolie des Chantelloises de l’avenir prévu
pour elle. Les copains de Jérémie, plus que lui peut-être, ne pouvaient
l’accepter. On ne pouvait tolérer qu’un étranger vienne perturber le bon
ordonnancement des choses. Chacun craignait secrètement pour lui-même, si ce
type avait séduit Mathilde, quelle fille pourrait lui résister ? Car
Mathilde était, depuis l’enfance, l’inaccessible merveille, la plus désirée, la
plus fantasmée des filles, si charmante, si sage aussi. Le fracas de sa
trahison avait ébranlé les fondations du monde, il exigeait réparation.
Voilà pourquoi, ce soir-là, régnait une atmosphère de
violence collective. Je ne sais pas s’il s’agit de la contagion culturelle du
cinéma et de la télévision ou d’un phénomène commun à toute société, mais je
ressentais physiquement cette sensation d’un lynchage possible. Les garçons
discutaient entre eux, en groupes compacts refermés sur eux-mêmes. Les filles
chuchotaient, échangeaient des regards furtifs, des petits signes. Moi, au
comptoir, je me sentais exceptionnellement isolé, enfermé dans ma condition
d’adulte ; tout grouillait autour de moi mais j’étais comme cloué,
immobilisé par un consensus unanime : ce qui se tramait ne me regardait
pas.
Quand l’Apache entra dans le bar, de sa démarche habituelle,
calme et souple, le silence se fit total. Temps suspendu, focalisation de tous
les yeux. Jérémie était assis à une table, au fond, en compagnie de cinq ou six
supporters. Après quelques secondes, il se leva. Ses copains voulurent en faire
autant mais, d’un geste de chaque bras, il les en dissuada. « Il est à
moi » déclara-t-il en marchant pesamment vers l’entrée de l’établissement.
Tous les regards avaient pivoté vers lui, il était l’unique mouvement. L’Apache
le fixa, un court moment, puis il se retourna et sortit dans la rue. Jérémie le
suivit, personne d’autre ne bougea.
Nul ne vit quoi que ce soit, certains prétendirent avoir
entendu quelque chose, mais tous purent admirer le nez sanguinolent de Jérémie
quand il rentra, quelques minutes plus tard, dans la salle du café. La masse
rouge de son appendice nasal prenait déjà des reflets bleu-violet, le sang
coulait sur sa bouche et son menton, il se tenait le bas du visage avec la main
et ses yeux étaient presque révulsés. Ses copains se précipitèrent, quelques
filles jouèrent les infirmières. Il se retrouva assis, la tête maintenue en
arrière, un mouchoir sur la figure. Les autres avaient jailli dehors, une
dizaine de gaillards, courant dans tous les sens, mais l’Apache avait disparu. On
patrouilla les rues obscures, la plupart pour dénicher le fuyard et le ramener
pieds et poings liés, d’autres – moins nombreux – pour l’aider dans sa fuite. Pas moyen de
mettre la main sur lui.
Dans le bistrot, Jérémie avait retrouvé ses esprits.
Furieux, son nez couvert d’un bandage approximatif apposé par la patiente
patronne, il ne cessait de répéter son histoire. Il avait été pris en
traître ; alors qu’il ne cherchait qu’à discuter, l’Apache l’avait frappé
par surprise, un coup violent en pleine face, dans le but probable de le
défigurer. Il avait certainement le nez cassé, l’autre devait porter un poing
américain ou pour le moins une bague en acier. Mais ça ne se passerait pas
comme ça, dès demain il allait porter plainte ! Force resterait à la
justice, le maudit traître serait condamné, mis en prison, et il devrait
rembourser l’opération pour son nez, avec des dommages-intérêts, il n’aurait
pas assez de toute son existence pour payer !
Ses copains, de plus en plus nombreux autour de lui à mesure
que le temps passait et qu’ils rentraient bredouilles de leur chasse à l’homme,
le pressaient de prévenir les gendarmes. Mais Jérémie refusait avec obstination
de déranger la maréchaussée. « Le salopard a décampé, il se terre
probablement dans les bois, on le retrouvera demain, au jour, quand il
cherchera à regagner son territoire. » Cette modération me paraissait
sage, mais je ne disais rien. Tout de même, je ne pouvais m’empêcher de penser
que ce drame, qui avait failli prendre une dimension digne d’Homère et
d’Eschyle, virait doucement à la farce, ce qui me semblait à tout prendre
préférable. Heureusement la bonhomie villageoise produisait ses effets.
* * *
Il n’y eut pas de plainte, pas de gendarmerie, pas de procès,
ni prison ni dommages et intérêts. La vie reprit son cours, si ce n’est que la
jolie Mathilde n’épousa pas le gentil Jérémie. Elle quitta bientôt la région
pour s’installer à Paris. Jérémie en épousa une autre et reprit l’affaire
familiale.
Un jour que j’avais fait le plein à une station-service
isolée, quelque part vers Moulins, alors que, pour payer, je tendais ma carte
bancaire, de l’autre côté du comptoir un homme en bleu de mécanicien, les mains
abimées et tachées de cambouis, la prit maladroitement pour l’insérer dans le
lecteur. Je regardai son visage fatigué, marqué, ses yeux très sombres enfoncés
dans les orbites, les cheveux clairsemés mais encore bien noirs :
l’Apache. Il ne me reconnut pas.
Tout était si loin, qu’y avait-il de commun entre cet homme
et le rebelle d’autrefois ? La perfection de ses seize ans avait disparu,
inéluctablement. Je m’en sentais dépositaire, était-ce la beauté d’un être à
son apogée ou simplement celle d’un instant devenu inaccessible ? Je ne dis
rien, repris ma carte bancaire et regagnai ma voiture.
Les Indiens de nos rêves ne vieillissent jamais.
samedi 13 juin 2015
C'est parti !
J'ai le plaisir de vous faire part de la naissance de mon nouveau livre : "Les chantelloises". Je l’ai auto-édité, 200 exemplaires tout frais sortis des presses, comportant 146 pages, 40 aquarelles en couleurs illustrant les 42 histoires.
Ces textes courts, drôles et tendres, ont pour cadre le Bourbonnais (région du centre de la France) et plus particulièrement la bonne ville de Chantelle. Je les ai conçus dans l’esprit des « racontars » groenlandais de Jorn Riel ou du « petit monde de Don Camillo » de Guareschi, des histoires ancrées localement mais évocatrices pour chacun.
Ils sont presque tous associés à une aquarelle originale de Sandra Langer qui, de son regard distancié, a su à merveille en traduire l’atmosphère douce et gentiment décalée.
Un spectacle a été créé à partir de ce livre, conçu et joué par Philippe Jeancoux et Thierry Frobert. Philippe Jeancoux met en scène et interprète quelques-unes de mes histoires, accompagné au chant et à la guitare par Thierry Frobert.
Le livre sera disponible dans quelques points de vente, à Chantelle et à Vichy.
Vous pouvez d’ores et déjà l’acheter sur Amazon :
Des séances de dédicace seront organisées, dans le Bourbonnais et à Paris. Et j'espère, bien sûr, que le spectacle aura de nombreuses représentations.
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